La sicilienne dragon
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 g6. Variante hyperaggressive avec fianchetto noir et attaque sur le roi blanc. Théorie redoutable.
La sicilienne dragon est l’une des variantes les plus tranchantes de toute la théorie échiquéenne. Le fianchetto noir en g7 (le fou en g7) ressemble vu d’en haut à un dragon : la diagonale a1-h8 qui s’étire, les pions noirs en c5 et d6 qui forment la queue, le cavalier en f6 qui forme la tête. Au-delà de l’image, c’est l’une des positions les plus violemment théoriques : Blanc et Noir attaquent simultanément les rois adverses, à coups de pions cassés, de sacrifices de pièces, et de mats forcés calculés sur dix coups. La théorie de la dragon dépasse celle de toutes les autres variantes siciliennes.
En bref. Au cinquième coup, Noir joue g6 et prépare son fianchetto. Le fou viendra en g7 et tiendra la grande diagonale qui mène droit au roque blanc. Si Blanc relève le gant par 6.Be3, c’est l’attaque yougoslave qui s’annonce : f3 pour soutenir e4, Dd2 et roque opposé sur l’aile dame, puis poussée des pions h et g vers le roi noir. Pendant ce temps, Noir court lui aussi vers le roi blanc avec ses pions a et b. Course aux mats, théorie sur trente coups dans plusieurs lignes, chaque tempo compte.
Le fianchetto et la grande diagonale
Trois éléments caractérisent le « dragon » noir.
Le fou en g7 sur la grande diagonale. Une fois le pion e5 blanc dégagé (ou en cas de structure ouverte), le fou contrôle a1 jusqu’à h8. Pression continue sur le roque blanc.
Les pions c5, d6, e7, f7, g6, h7. Structure noire qui ressemble à la queue et au corps d’un dragon. Solide en général.
Le roi noir au roque court (g8). Une fois le roque effectué, le roi est dans le coin du dragon. Bien défendu par les pions, mais vulnérable à une attaque concertée si Blanc arrive vite.
L’attaque yougoslave
La réponse blanche standard est l’attaque yougoslave : 6.Be3 Bg7 7.f3 O-O 8.Dd2 Cc6 9.Bc4 (ou 9.O-O-O). Le plan est clair : roque opposé, pousse g4-g5-h4-h5 pour ouvrir l’attaque sur le roque noir.
Trois caractéristiques de l’attaque yougoslave.
Le roque opposé. Blanc en queenside (O-O-O), Noir en kingside (O-O). Cette asymétrie permet à chaque camp d’attaquer sans craindre de représailles immédiates sur son propre roi.
Les sacrifices de pièces. L’attaque sur le roque noir passe souvent par des sacrifices : le sacrifice classique sur h7 ou g7, le sacrifice positionnel d’un cavalier sur d5 pour ouvrir des lignes.
Les calculs profonds. Plusieurs lignes de l’attaque yougoslave atteignent un nœud théorique au coup 25 ou 30. Les deux camps doivent connaître la théorie par cœur.
Le contre-jeu noir
Trois priorités pour Noir.
Pousse rapide b5-b4. Cette poussée ouvre la colonne b et menace le cavalier blanc en c3. Si le cavalier doit bouger, le pion e4 blanc peut tomber.
Manœuvre Cd7-Ce5. Le cavalier noir cherche la case forte e5. Bien placé là, il défend le roque noir et menace le centre.
Sacrifice de qualité sur c3. Si Noir parvient à sacrifier sa tour pour le cavalier blanc en c3, l’attaque blanche perd sa pièce d’attaque principale. Sacrifice théoriquement juste dans plusieurs positions.
La défense Soltis
Variante précise de la dragon : 9...Bd7 10.h4 Tc8 11.Bb3 Ce5 12.O-O-O Cc4 13.Bxc4 Txc4 14.h5 Cxh5. Cette ligne porte le nom du grand maître américain Andrew Soltis, qui l’a beaucoup analysée. Position ultra-tendue où chaque coup compte. Au plus haut niveau, la défense Soltis tient encore aujourd’hui.
Pour qui jouer la dragon (Noir)
Trois profils.
Si vous aimez les positions tactiques où les deux camps attaquent et où chaque coup peut être décisif, la dragon vous comblera. C’est l’arme d’attaque ultime contre 1.e4.
Si vous êtes prêt à investir énormément dans la théorie : la dragon demande plus de mémorisation que n’importe quelle autre ouverture. Plusieurs lignes mènent à des positions théoriques étudiées sur trente coups.
Si vous êtes débutant ou si vous préférez les positions claires, la dragon est dangereuse. Préférez la sicilienne classique, la Najdorf, ou la Taimanov.
Pour aller plus loin
La dragon complète les autres variantes de la sicilienne : Najdorf, classique, Sveshnikov, scheveningen, taimanov. Le glossaire des échecs couvre les concepts liés.